Conférence inaugurale de la chaire « Transferts culturels » - Biblissima+ et UXIL

Programme de la journée

Introduction

Le 3 février 2026, au Centre des colloques du Campus Condorcet (11h30, auditorium 150 ; Place du Front populaire, 93300 Aubervilliers) aura lieu la conférence inaugurale de la chaire de recherche « Transferts culturels » d’Aleksandr Musin (CRH-EHESS), organisée par Biblissima+, l’EHESS et le Campus Condorcet à travers son programme UXIL. La séance d’inauguration sera introduite par le Président du Campus Pierre-Paul Zalio. Suivront de courtes interventions d’Anne-Marie Turcan-Verkerk, directrice d’études à l’EPHE-PSL et responsable du projet d’infrastructure de recherche Biblissima+, d’Étienne Anheim, directeur d'études à l’EHESS et responsable du groupe « Anthropologie historique du long Moyen Âge » (AHLoMA, CRH-EHESS), ainsi que de Pierre Bauduin, professeur en Histoire médiévale à l’Université de Caen Normandie et membre du Centre Michel de Boüard CRAHAM (UMR 6273).

Le titulaire de la chaire « Transferts culturels » Biblissima+-EHESS-UXIL, Aleksandr Musin, donnera ensuite sa conférence inaugurale « Comprendre l’Europe orientale aujourd’hui : apologie pour l’étude des sources médiévales ». Après avoir relaté son parcours académique, il exposera brièvement son projet « Matérialiser les mots et contextualiser les textes : comment étudier les interactions entre les différents types d’écriture de l’Europe de l’Est (XIe-XVe siècles) dans le contexte de la culture matérielle médiévale à l’ère numérique ». Le projet prévoit la première traduction française commentée et annotée de la Première chronique de Novgorod (XIIe-XIVe siècles) dans le contexte des données archéologiques et iconographiques.

 

Conférence inaugurale : « Comprendre l’Europe orientale aujourd’hui : apologie pour l’étude des sources médiévales »

L’accent principal de la conférence sera mis sur l’importance de l’étude des sources écrites et archéologiques de l’Europe centrale et orientale pour comprendre les origines de la situation actuelle. Les événements tragiques de l’agression russe contre l’Ukraine, qui cherche sa légitimation dans la réinterprétation de l’histoire du Moyen Âge, ont révélé dans quelle mesure ces problèmes résident dans un passé partagé et croisé. Ainsi, l’histoire de cette partie de l’Europe ne peut être expliquée qu’à travers une étude approfondie de son époque médiévale, et dans la perspective de longue durée.

Sur cette voie, il serait opportun de dépasser non seulement le russocentrisme traditionnel de l’historiographie occidentale de l’Europe centrale et orientale, mais aussi de combler le fossé entre le métier des historiens médiévistes et celui des spécialistes de l’époque moderne et de l’histoire contemporaine. La compréhension du Moyen Âge de cette Europe passe par une comparaison avec l’histoire de l’Europe toute entière, où elles doivent devenir une partie intégrante de la nouvelle vision du Moyen Âge. Dans cette situation, il est important de fournir à l’usage d’un public cultivé et de la communauté universitaire des éditions solides des chroniques et d’autres textes médiévaux fondateurs dotées de commentaires historiques, archéologiques, linguistiques, géographiques et théologiques actualisés, en les rendant accessibles grâce à des ressources numériques enrichies.

L’intervention s’achèvera par un appel adressé aux étudiants, aux doctorants et aux chercheurs réfugiés en France, les encourageant à participer au recensement et à la publication des sources anciennes et médiévales sur l’histoire de leurs patries. C’est principalement dans ces pays que le passé domine le présent, ce qui compromet l’avenir. Dépasser, surmonter ce passé est la seule clé pour tracer notre route vers l’avenir…

 

Séminaire

La conférence sera suivie par un séminaire donné par deux chercheurs bélarusses en exil en Pologne : « Toutes les couleurs de l’Europe de l’Est : Blanc. Le Bélarus médiéval à travers le regard d’un archéologue et d’un historien » (14h00, auditorium 150 du même Centre).

Le nom latinisé de Bélarus, littéralement la « Rous’ blanche », sous les formes Ruscia ou Ruthenia Alba apparu aux XIIIᵉ-XIVᵉ siècles dans les textes occidentaux parallèlement à ceux de « Rous’ noire », Ruthenia Nigra, et de « Rous’ rouge », Ruthenia Rubra, s’est révélé être une notion assez vague et instable. Malgré les nombreuses hypothèses visant à expliquer cette « colorisation » de l’Europe de l’Est, il est probable que cette dénomination reflétait la perception, propre à la culture latine, de la géographie mentale des frontières orientales du monde chrétien à des fins missionnaires.

Le concept artificiel de « Rous’ de Kyiv », élaboré par les académiciens staliniens comme une projection de l’URSS sur le Moyen Âge, prétendait que cette « puissance médiévale » aurait été le berceau de trois pays slaves et de leurs peuples : l’Ukraine, le Bélarus et la Russie. En réalité, chacun de ces pays possédait sa propre histoire, histoires qui se croisaient dans leur passé partagé. Le moment est venu de prendre conscience de la réalité des origines de l’Europe de l’Est et de ses destins historiques.

Pourquoi ces observations sont-elles importantes aujourd’hui ? Dans les années 1990-2000, après la fin de l’USSR, se posèrent en France des questions : « L’Ukraine, a-t-elle son histoire ? » « C'est quoi, l’Ukraine ? » « L’Ukraine, existe-t-elle vraiment ? ». Aujourd’hui l’Ukraine, grâce à sa volonté de liberté et à sa résistance, a solidement conquis sa place dans la conscience de la société française. Il est désormais temps d’ouvrir les yeux également sur le Bélarus, afin que, dans un avenir proche, lorsque la liberté et la démocratie y régneront, l’on n’ait plus à se poser de telles questions…

Les intervenants du séminaire seront l’archéologue Mikalai Plavinski (Faculté d’archéologie, Université de Varsovie) qui présentera une communication intitulée « Terres paisibles ou frontière dangereuse : les confins slavo-baltes du Moyen Âge sur le territoire de la Bélarus », et l’historien Aliaksandr Hrusha (Institut d’histoire, Académie des sciences de Pologne, Varsovie) qui partagera ses réflexions sur les « Formes d’interaction entre la Lituanie et la Rous’ au sein du Grand-Duché de Lituanie de la seconde moitié du XIIIᵉ siècle jusqu’à la fin du XVᵉ siècle ».

M. Plavinski se concentrera sur les études pluridisciplinaires de la région du nord-ouest du Bélarus, entre la Daugava et le Neman, une zone frontière peu étudiée du haut Moyen Âge entre Baltes et Slaves. Cette frontière se caractérise par l’absence quasi totale de sources écrites avant les croisades baltiques du XIIIe siècle, et la présentation mettra l’accent sur les fouilles de nécropoles, qui reflètent le mieux les traditions des groupes ethniques. Cette analyse rend possible de délimiter cette frontière et d’observer son évolution entre les années 800 et 1200.

L’attention d’A. Hrusha se portera sur les formes d’interaction politique, sociale et culturelle entre la Lituanie et la Rous’ au sein du Grand-Duché de Lituanie. À partir du XIVe siècle, malgré le passage de la Lituanie, dernier État païen en Europe, du paganisme au catholicisme, la population de la Rous’ conserva son identité orthodoxe et son système administratif qui ne subissaient aucune discrimination, ni religieuse ni culturelle. Dans ce cadre, Lituanie et Rous’ entretenaient un haut degré de loyauté mutuelle, ce qui soulève la question suivante : quelles sont les conditions, qui favorisaient cette interaction et quelles en étaient les formes ?

 

Les communications seront données en anglais. Cette manifestation ouvre un cycle de séminaires consacré à l’histoire longue, complexe et mouvementée, de l’Europe centrale et orientale.

 

GIM SIN 786. fol. 45v-46r 120 dpi
GIM SIN 786. fol. 45v-46r 120 dpi
Attachment Size
Programme conférence UXIL 1.66 MB